Vous les avez forcément remarqué, ces petits encarts qui apparaissent à chaque recherche Google. Générés par l’intelligence artificielle Gemini, ils apportent une réponse simplifiée à la question posée en puisant dans les ressources disponibles sur Internet. Les ressources des médias pour être plus précise.
Le 22 juillet dernier, Google a annoncé la mise en place d’une nouvelle fonctionnalité en France, les résumés IA ou AI Overviews en anglais. Au premier abord, une simplification de la recherche pour l’utilisateur·rice mais du point de vue des médias, une bombe à retardement. Avec ces réponses simplifiées, plus de vraies raisons d’aller à la source originelle de l’information : les sites des médias.
Une baisse de trafic à prévoir
Cette innovation signifie une chute drastique du trafic sur les sites internet, et donc moins de recettes publicitaires, d’abonnements, de ventes d’articles… Cela représente une baisse de revenus de plusieurs centaines de milliers, voire millions d’euros. La publicité numérique représentait, en 2025, 17% du revenu des éditeurs. Pas idéal dans un contexte économique qui a déjà fragilisé les médias.
La France est l’un des derniers pays qui voit cette fonctionnalité être implémentée, les dégâts sont donc déjà visibles dans d’autres pays. La perte de trafic s’échelonnerait entre 20 et 40% selon un article publié dans La Tribune, même si le bilan reste contrasté. En Allemagne par exemple, les éditeurs ont constaté une baisse de 30% du nombre de clics, alors que pour Le Temps (magazine suisse francophone), aucun changement n’a été observé.
Un accord entre l’IA et les médias ?
Google s’est exprimé pour tenter de rassurer les médias français. Selon le groupe, les utilisateur·rices exposé·es aux résumés IA ne sont, dans tous les cas, pas le type de personnes qui consomment les médias en ligne. Ainsi, les résumés IA permettraient presque, à les entendre, de permettre une rentabilité maximale aux sites, en limitant le trafic aux personnes les plus à même de lire et s’abonner. Merveilleux n’est-ce pas ? Cependant, un test mené par plusieurs grands titres de presse dont The Atlantic a prouvé que dans 3 cas sur 4, la réponse de l’IA satisfait l’utilisateur·rice.
Se pose également le problème des droits voisins. Ils sont un type de droits qui permettent aux éditeurs de presse et aux agences de presse, dans le cas précis des médias, d'être payés par les plateformes en ligne lorsqu'elles partagent ou réutilisent leurs articles et contenus. Google a pris le temps d’introduire cette fonctionnalité pour cette raison, après que l’entreprise ait été condamnée à payer un total de 750 millions d’euros d’amende depuis 2021. En principe, un accord devrait donc être négocié avec 450 médias français pour rémunérer l’usage de l’information qu’ils produisent. Mais en pratique, l’Alliance de la Presse d’Information Générale n’a pas été convaincue. Elle dénonce un passage en force sans réel accord collectif et un manque de discussions concrètes, selon Le Monde. Et même si l’accord venait à se formaliser, il est peu probable que les montants comblent le vide laissé par la perte d’audience…
Pourtant, les accords entre IA et médias sont déjà monnaie courante. Par exemple, Le Monde a passé un accord avec Open AI (maison mère de ChatGPT) pour autoriser l’usage de ses contenus, contre une rémunération, la mise en avant du logo du média et des liens vers ses articles, et l’autorisation pour les équipes du Monde de disposer de la technologie d’Open AI. L’AFP a conclu le même type d’accord avec Mistral.
Mais le souci de ces accords reste toujours le même : ils ne règlent pas le fond du problème, ne créent pas de règles communes pour tous. Ils restent une façon de faire cavalier seul, et de se protéger sans faire communauté.
Les médias contre-attaquent
Mais si l’on connaît bien quelque chose à nos médias, c’est leur combativité. Alors, des initiatives s’organisent pour lutter contre cette nouvelle menace. Aux Etats-Unis, plusieurs titres comme le Wall Street Journal, Politico ou Reuters menacent de restreindre, voire d'interdire à Google l’accès à leur contenu en bloquant les robots d’exploration. Au Royaume-Uni, le Financial Times, The Guardian ou encore The Telegraph ont créé la coalition SPUR (Standards for Publisher Usage Rights) afin d’établir des standards communs et d’encadrer l’utilisation des contenus journalistiques par l’IA. Enfin en France, une coalition devrait aussi naître de l’union du Geste, du CPA et du SPIIL pour défendre leurs intérêts. Dans un communiqué publié le 22 juillet, ils dénoncent ensemble un glissement vers un modèle zéro clic « où la réponse reste dans l’interface Google plutôt que de renvoyer vers les sites éditeurs » et déplorent un manque de transparence sur le fonctionnement des services d’AI Overviews, de l’impact concret qu’il a sur le trafic des sites, et des conditions d’utilisation des contenus des éditeurs.
Dans ces trois exemples, l’idée est de créer des outils de dialogue avec les entreprises technologiques. Mais derrière ces envies de rébellion, la réalité reste que se priver de la visibilité de Google est un grand risque financier…
Finalement, il y a peu de chance que Google fasse marche arrière sur AI Overviews et les médias devront donc apprendre à s’adapter. Cela pourrait entraîner un renouvellement complet des pratiques journalistiques. Exit le modèle de l’actualité chaude et des articles courts, les médias devront maintenant privilégier la valeur ajoutée de leurs articles. Cela pourra passer par des enquêtes de terrain, des grands reportages… Des évolutions sont définitivement à venir.


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