Pour notre campagne #MédiasLocaux2026, on s’est penché·es sur la question des médias locaux indépendants. Pour les définir et connaître davantage leurs défis et leurs opportunités, on est notamment allé·es échanger avec Robin Saxod, co-fondateur de Coop-Médias, une coopérative citoyenne qui soutient les médias indépendants. En effet, une bonne partie de leurs sociétaires sont des médias locaux. Retour sur ces acteurs fondamentaux de l’information…
Mais, avant de rentrer dans le vif sujet, une petite clarification et un état des lieux s’imposent 😉
🔎 Un média local indépendant, qu’est-ce que c’est ?
L’indépendance d’un média est définie dans un premier temps par son modèle économique : exempt de toute dépendance à des acteurs extérieurs privés, comme à des actionnaires (avec des parts majoritaires) ou à des publicitaires1 , avec un accent particulier sur la transparence de son fonctionnement. Il est également indépendant de toute pression idéologique ou politique.2
Un média local, c’est un média qui couvre l’actualité d’un territoire précis, à l’échelle d’un ensemble de régions (Ouest-France), d’une région (La République du Centre), d’un département (Orne Combattante) ou encore à un niveau hyper-local (Rue89 Strasbourg).
➡️ Alors, un média local indépendant : c’est la fusion de ces deux caractéristiques.
Écosystème en grande expansion, il reste pourtant fragile…
Les médias locaux (et notamment indépendants) sont des acteurs essentiels dans l’écosystème médiatique. Proches par essence de leur lectorat et/ou de leur audience, ils permettent l’accès à une information ancrée dans la réalité des territoires qu’ils couvrent : diffusion des décisions prises par le pouvoir local auprès des citoyen·nes, interpellation des élu·es quant à leurs actions… En période d’élections municipales, les médias locaux sont des acteurs informationnels incontournables.
Comme le montrait récemment la dernière enquête de la Fondation Jean Jaurès sur les “déserts médiatiques”, les médias locaux sont des éléments clés de la démocratie “en connectant les citoyens aux processus démocratiques dans leur vie quotidienne et au sein de leur communauté”. Toujours selon cette même étude, il est avancé que les médias locaux seraient les médias dans lesquels les Français·es auraient le plus confiance. Les sujets éludés au niveau national y sont abordés et la proximité des médias locaux avec les habitant·es est un moyen de leur donner voix au chapitre. Bref, ils parviennent à créer du lien, un objectif plus difficile à atteindre par leurs homologues nationaux.
Pour autant, le secteur est face à de nombreuses difficultés, et notamment en termes d’indépendance.
Une pression politique de la part du pouvoir local en place ou des député·es du territoire peut être exercée envers certaines rédactions (voir notre article sur les médias et les pouvoirs locaux). C’est également le cas pour des journalistes indépendant·es qui enquêtent au niveau local. Le journaliste indépendant Simon Fontvieille témoignait notamment pour l’OFALP des intimidations et entraves subies de la part de la mairie lorsqu’il enquête à Toulon et dans ses alentours. Face à la multiplication des procédures abusives ou procédures-bâillons et les coûts qu’elles engendrent, les petites rédactions locales sont rapidement mises en difficulté.
Sur le plan économique, de nombreux médias locaux se retrouvent aspirés dans des grands groupes (Actu.fr) et/ou détenus par des actionnaires milliardaires (Rodolphe Saadé et le groupe La Provence, Xavier Niel avec son groupe NJJ). Ces situations peuvent également entraver leur indépendance. Autrefois portés par une diffusion papier aujourd’hui en déperdition et des revenus dégagés par la publicité désormais siphonnés par les GAFA, les médias locaux sont contraints de repenser leurs modèles économiques.
Pour autant, de plus en plus de médias indépendants locaux fleurissent avec un projet porteur d’espoir : celui de renouer avec l’enquête, la proximité, la liberté éditoriale et ainsi attirer un nouveau public. Ils survivent essentiellement grâce aux abonnements et aux dons mais aussi, pour certains, grâce aux aides à la presse (des sommes fluctuantes d’un média à l’autre, et qui avantagent plutôt ceux avec les plus grandes audiences). Face à une PQR (presse quotidienne régionale) dominante, les titres indépendants résistent et surtout innovent. Au-delà des nouveaux titres, des initiatives voient également le jour dans une volonté d’encourager ces médias, comme c’est le cas de Coop-Médias.
💶 Coop-Médias, un soutien citoyen et financier pour les médias indépendants (et locaux !)

Les médias locaux représentent environ ¼ des médias indépendants intégrés à la coopérative. Parmi eux, Marsactu, journal local indépendant de la cité phocéenne, a été l’un des premiers bénéficiaires de la levée de fonds de Coop-Médias. Le conseil d’administration tenait à représenter différentes typologies de médias, et notamment à intégrer parmi les lauréats un média local. Les municipales approchant, soutenir un média comme Marsactu, spécialisé dans l’enquête, répondait à un réel besoin. Les fonds débloqués permettront au média de consolider son modèle économique et d'améliorer ses outils de gestion des communautés et des abonnements. Un apport non négligeable pour le fonctionnement technique de Marsactu, ces frais représentent souvent un poids financier important pour les médias indépendants locaux.

Comme le souligne Robin Saxod de Coop-Médias, les médias indépendants tels que Marsactu ont, pour beaucoup, recours à des stratégies de diversification de leur offre éditoriale. Cela permet non seulement d'attirer des publics variés, mais également d’être présents dans plusieurs espaces physiques et numériques. Podcasts, vidéos, journaux papiers et/ou en ligne, événements… Les médias indépendants ne manquent pas d’innover pour recréer du lien avec les citoyen·nes et conquérir un public parfois éloigné de l’information. Une distance construite par lassitude ou par sentiment de ne pas être suffisamment représenté·e dans les médias dits mainstream. Les médias locaux indépendants renforcent ainsi l’écosystème par un plus grand pluralisme avec d’autres récits, d’autres visages et d’autres façons de construire l’information. La défense du pluralisme est un objectif central dans la stratégie de la coopérative. Il est question de politiser la défense de l'information indépendante, plurielle et éthique, comme un combat démocratique. C’est avant tout de cela qu’il s’agit : corréler cette lutte à celle pour une démocratie fonctionnelle et juste.

Cette lutte est aussi celle des citoyen·nes et Coop-Médias l’a bien compris. Robin Saxod nous l’affirme, ils·elles répondent à une demande : les citoyen·nes veulent agir pour défendre l’indépendance des médias. Désormais, il leur est possible de s’intégrer directement à une grande action en cours en devenant sociétaire de la coopérative. Par ailleurs, la gouvernance y est voulue la plus démocratique possible : chaque sociétaire a le même poids, donc la même voix, qu’il s’agisse d’un·e citoyen·ne, d’une association (comme la nôtre !), ou d’une entreprise de l’ESS (économie sociale et solidaire). Les consommateur·rices de médias deviennent ainsi plein acteurs de cet écosystème.
✊ Médias locaux et citoyen·nes : la coalition démocratique
On observe actuellement une tendance en faveur d’une plus grande participation citoyenne au local, traduite par : de plus en plus de listes citoyennes, une multiplication des collectifs de participation citoyenne (pour n’en citer que quelques-uns : 1001 territoires pour la fraternité, Collectif Transition Citoyenne et leur campagne Mairie-me), mais aussi une recrudescence des médias citoyens coopératifs. Pour Robin Saxod, il est évident que l’échelle locale permet de mobiliser très concrètement les citoyen·nes. Des médias indépendants qui ancrent leurs démarches de journalisme dans le lien avec les habitant·es d’un territoire (comme Ismée, média sociétaire de Coop-Médias qui indique “pratiquer un journalisme local axé sur la qualité, la nuance et l’implication citoyenne”) aux médias et sites d’information qui impliquent directement les citoyen·nes dans la rédaction de leurs contenus (réseau CORLAB, Le Poing, Trognon.Info, Altermidi). Les engagements en faveur d’une démocratie locale participative plus forte sont pluriels. Récemment, c’était au tour du Mouvement associatif, qui “représente 1 association sur 2 en France” de rejoindre Coop-médias comme sociétaire, une étape de plus pour des liens solidaires entre le monde associatif et celui des médias indépendants. Le rapport de la Fondation Jean Jaurès l’affirme : plus un territoire dispose d’un écosystème médiatique local important, plus ses habitant·es sont actif·ves dans leur citoyenneté : votes, bénévolat… Il existe alors un lien avéré entre la présence de médias locaux actifs sur un territoire et la participation citoyenne.
Chez Coop-médias, il est aussi considéré qu’il y a au niveau local une bataille culturelle et informationnelle à mener. Elle est essentielle face à la menace réactionnaire d’extrême droite grandissante dans tous les territoires. Les médias locaux indépendants sont impliqués dans celles-ci et souvent en première ligne. En période électorale, ils s’engagent à analyser les programmes et prises de parole, à renvoyer les candidat·es des municipales vers les résultats de leur(s) mandat(s) et leurs promesses non tenues. Mais ils sont surtout mobilisés toute l’année sur la couverture d’événements locaux et notamment sur ceux qui concernent la mouvance identitaire-nationaliste et réactionnaire. Rue89lyon fait ce travail depuis des années pour informer les Lyonnais·es et faire remonter au niveau national les actions des groupuscules d’extrême droite très présents dans la métropole. Pour les municipales, Streetpress, média indépendant spécialiste de l’extrême droite, s’est associé au média indépendant breton Splann! pour ce qu’ils ont appelé la “bataille des municipales”. Elle consiste à “documenter et résister à la poussée de l’extrême droite à chaque scrutin électoral.” Coop-médias a par ailleurs sélectionné StreetPress comme l’un des bénéficiaires de la première levée de fonds en raison de leur couverture de l’extrême droite, travail essentiel pendant les municipales. Leurs enquêtes qui révélaient les “brebis galeuses” du RN avaient notamment été particulièrement importantes lors des dernières élections législatives de 2024.

En bref, les médias locaux indépendants font un important travail pour renforcer le droit citoyen à être informé·e afin de pouvoir prendre des décisions éclairées : une mission démocratique fondamentale.
🏙️ Les villes s’y mettent ! Paris et Strasbourg, sociétaires chez Coop-Médias
Parmi les sociétaires de Coop-médias il y a désormais deux municipalités : celle de Paris et celle de Strasbourg. Leur entrée dans la coopérative affirme une reconnaissance du rôle essentiel des médias locaux indépendants dans la démocratie locale. Un signal fort. Concrètement, si la voix des villes de Strasbourg et de Paris est équivalente à n’importe quelle autre de la coopérative, elles s’engagent toutefois publiquement à soutenir cet écosystème. Présentes dans ce réseau, elles entendent les revendications des acteurs du secteur et contribuent au débat sur la défense des médias indépendants. Ces derniers favorisent la cohésion sociale, encouragent le dialogue et participent au rayonnement et à l’attractivité d’un territoire. De fait, comme nous l’explique Robin Saxod, si les municipalités soutiennent les entreprises de l’ESS qui impactent positivement le territoire, elles peuvent dorénavant le faire avec les médias locaux indépendants en rejoignant Coop-médias. D’autres municipalités pourraient suivre l’initiative, et s’intégrer davantage dans la lutte pour la défense de l’information indépendante.
Un Bout des Médias est sociétaire de Coop-Médias, et vous ? Si vous voulez contribuer à ce projet citoyen d'ampleur, rendez-vous ici.
[1] Aucune définition officielle n’est arrêtée, ainsi certains médias qualifiés d’indépendants disposent tout de même de recettes publicitaires, c’est le cas de StreetPress bien qu’elles soient très minoritaires et quasi uniquement via leurs vidéos postées sur Youtube.
[2] Définition écrite sur la base des éléments proposés par le SPIIL (syndicat de la presse indépendante d’information en ligne).
Cet article a été écrit dans le cadre de notre campagne de sensibilisation "Médias locaux 2026" pensée pour couvrir la période électorale des municipales. N'hésitez pas à suivre nos autres contenus ! Merci de votre soutien. 🧡


.jpg)

.png)





